February 14, 2012

Les krasues

Pendant une bonne partie de ma vie, j'ai cru que "penanggalan" était une invention anglaise pour un manuel de monstres du jeu de rôle Dungeon & Dragon intitulé "Fiend Folio". Quel sot je suis!

A l'époque ou j'était enthousiaste de ce jeu pour geek fini, j'adorais ce monstre qui mélange de manière abjecte le sexy et le gore. Mes joueurs ont eu affaire à plus d'une...

Il s'agit d'une sorte de femme vampire - toujours, bien-sûr, d'une grande beauté parce qu'une femme vampire moche ça n'existe pas - de qui, la nuit venue, la tête se détache du corps et s'envole, les entrailles pendouillant sous le cou.

Encore une fois, les films à la con sont venus faire mon éducation. Les Penanggalan, c'est bien plus qu'un petit monstre de jeu de rôles, c'est une partie importante des folklores de plusieurs pays d'Asie.



L'appellation Penanggalan vient de Malaysie et des Philippines. En Indonésie, on l'appelle Leyak (ou Leák), en Thailande Krasue (c'est mon appellation préférée), au Cambodge Ap et au Laos Kasu ou encore Phi-Kasu.

Les folklores des différents pays (et même régions aux seins du même pays) en change plus ou moins les caractéristiques, mais grosso-modo, le thème de la tête de femme vampire aux organes pendouillant demeure toujours la même.

Vous remarquerez que le Japon, la Chine et la Corée sont absente de l'énumération ci-haut. Je ne sais aucunement pourquoi, mais ça explique sans doute - ces trois pays étant les plus importants pays est-asiatique exportateurs de leur culture - pourquoi la krasue est relativement absente du cinéma qui parvient jusqu'à nous.

Cette créature est pourtant une aubaine pour le cinéma de genre! Heureusement, il n'en va pas de même pour les autres pays.

Sans doute le plus important film mettant en scène une krasue est Konm Eak Madia Arb (a.k.a. My mother is Arb // Krasue Mom). Son importance ne vient cependant pas de ses qualités cinématographiques (je ne peux en juger puisque je n'ai pas réussi à en trouver copie), mais du fait qu'il est le tout premier film réalisé au Cambodge suite à la chute du régime communiste des Kmers Rouges. Sous ce régime, le folklore local était mis au rancard au profit d'un cinéma de propagande.

Le film Thai Demonic Beauty (ตำนานกระสือ) est le premier film de Krasue que j'ai vu. Réalisé en 2002 par Bin Bunluerit, il raconte l'histoire d'une jolie villageoise (interpretée par la charmante Lakana Wattanawongsiri) possédée par l'esprit d'une princesse ce qui la pousse à devenir Krasue et à dévorer, la nuit, les entrailles des autres habitants du village. C'est un film a petit budget, les effets spéciaux de la transformation en krasue n'ont rien d'impressionnant, mais demeure un très bon petit film qui peut très bien servir, pour ceux qui ne connaissent pas, d'introduction au cinéma de genre thailandais.



Un autre film avec une krasue - qui risque de plaire surtout aux amateurs de série-z psychotronique - est Mystics in Bali. Film indonésien de 1981 réalisé par H. Tjut Djalil (aussi responsable du fameux rip-off de Terminator en version sexy intitulé Lady Terminator), Mystics in Bali est pas mal un ramassis de n'importe quoi, mais peut constituer un film idéal pour une soirée enfumée entre amateurs de cinéma étrange.

Basé sur le livre "Leák Ngakak" de Putra Mada, ça raconte l'histoire d'une journaliste enquêtant sur la légende d'un culte maléfique de la région de Bali. Celle-ci est trompée par une sorcière et se retrouve transformée en Krasue (ici appelé Leák) . Un prêtre local cherchera alors à la libérer de cette emprise maléfique.



Outre les films cités précédemment, de nombreux autres films mettent en scènes des krasues. Citons Krasue Valentine (กระสือวาเลนไทน์), film thai réalisé en 2006 par Yuthlert Sippapak, Lady Vampire, amusant film cambodgien de Kam Chanty ou encore The Ghost and Master Boh, comédie thai plutôt nulle.

Il y en a, bien-sûr, pleins d'autres, la plupart que je n'ai pas encore eu le plaisir de voir.

Si vous avez des suggestions, je suis preneur!


February 12, 2012

Laura Gemser

Laurette Marcia Gemser est une actrice italienne d'origine indonésienne. Elle est l'icône incontournable des films d'exploitations italien des années 70 et 80.

Née à Java en 1950, ses parents déménagent aux Pays-Bas en 1955 et elle y passera son enfance avant de se déplacer vers l'Italie au début des années 70.

Elle se fera en premier remarquer comme extra dans le film français Emmanuelle de Just Jaeckin. Elle y vole la vedette à Sylvia Kristel en étant 100 fois plus hot qu'elle lors d'une courte scène ou elle interprète une masseuse. Toute une génération rêvera alors de se faire masser par elle.

Suite à ce succès, elle sera recrutée pour le rôle principal d'un rip-off italien du même film: Black Emanuelle.


Sa carrière sera relativement courte (un peu moins que 20 ans) mais prolifique: de la fin des années 70 au début des années 90, elle tournera dans une soixantaine de films, la plupart sous la direction de Joe D'Amato et Bruno Mattei.

Ses talents d'actrice sont néanmoins limités et il est clair que son succès est uniquement lié à sa grande beauté et du fait qu'elle accepte volontiers de se mettre a poil devant la caméra.

Malgré son statut d'actrice érotique et ses fréquentes collaborations avec des pornographes, elle refuse toujours catégoriquement toutes scènes de sexe hard. Elle n'accepte que quelques scènes de sexe très soft et uniquement avec son mari de l'époque Gabrielle Tinti - lui aussi un fleuron du film d'exploitation italien.


Laura Gemser est maintenant retraitée à Rome. Elle n'a bien sûr plus le sex-appeal de ses belles années mais c'est encore aujourd'hui une femme charmante.





Les Zombies de George

Cet article fait suite à Les zombies avant George.

C'est vers la fin des années 60 qu'un certain George Andrew Romero, cinéaste relativement débutant travaillant dans la pub, les films industriels et les petits films d'enfants qui jouent insérés dans "Mr Rogers Neirborhood', décide de fonder sa propre petite compagnie de production, de regrouper quelques amis et de faire un film.

Ce film, bien-sûr, c'est Night of the Living Dead.

On commentera beaucoup, par la suite, la présence d'un acteur noir dans le rôle principal et la métaphore de l'Amérique raciste que représente son assassinat à la fin du film. George serait, pour beaucoup, un symbole remarquable de non-racisme.

Vu sous un autre angle, cependant, ce film transforme, dans l'imaginaire populaire de toute une génération, un élément important du folklore antillais en un élément, somme toute beaucoup plus banal, de pop-culture purement américaine.

Mais loin de moi l'intention de critiquer George sur ce point, le mot "zombie" n'étant utilisé en aucun moment dans son film.

Pour ce qui est de l'utilisation d'un comédien noir, il s'agit là d'un évènement purement accidentel, Duane Jones (le comédien noir en question) n'ayant été recruté qu'à la toute fin, pour un script déjà écrit et ne visant aucune race spécifique. Jones s'est uniquement avéré le meilleur lors des auditions.

Reste qu'il est vrai qu'à cette époque, aux États-Unies, l'utilisation d'un comédien de couleur dans un rôle principal était quelque chose d'exceptionnel.

Par la suite George tournera quelques films, dont The Crazies et Martin, mais n'aura vraiment de succès qu'un 1978 avec la suite de son Night of the Living Dead: Dawn of the Dead.

L'idée de situer l'action de son film dans un centre commercial s'avèrera en être une de génie et sera interprété comme une métaphore du consumérisme nord-américain.

George, lui, demeure discret et ne s'affiche pas volontier comme le créateur d'un pamphlet anti-Wallmart. Il prétend plutôt ne faire que du divertissement.

C'est avec Dawn of the Dead que la folie du zombie s'installe à travers le monde, à commencer par le Zombie 2 de Lucio Fulci (Dawn of the Dead est sorti sous le titre "Zombie" en Italie, le Zombie de Zombie 2 en est donc une référence directe). C'est aussi à ce moment que le mot Zombie devient officiellement attaché à ses créatures, George ne les ayant jamais vraiment nommés sinon en "goules" par quelques personnages.

George remet ça en 1985 avec Day of the Dead. Ça devient - et restera longtemps - la trilogie de zombies.

Moins populaire que les deux précédent, Day of the Dead est un film plus violent et plus gore se déroulant, cette fois, sur une base militaire.

Il faudra attendre vingt ans pour que George adresse à nouveau le genre Zombies. D'ici là, la mode sera déjà lancée et les films de zombies se comptent déjà par centaines.



February 10, 2012

Mineko Higashi Pikacyu (ピカ)

Mineko Higashi alias Pikachu, Pikacyu ou encore simplement Pika est une musicienne japonaise originaire d'Osaka. Elle débute dans un quatuor intitulé Z, mais ne tarde pas à rencontrer Oni, avec qui elle forme, en 2002, le band noise rock Afrirampo. Elle y est drummeuse.

Leur union durera huit ans. En 2010, les deux filles d'Afrirampo annoncent leur séparation. Leur site web, néanmoins, laisse planer l'espoir d'une éventuelle réunion. Il ne nous reste qu'à espérer.

Outre Afrirampo, Pika fut aussi drummeuse pour Acid Mother Temple and the Cosmic Inferno (Elle y est d'ailleurs présente sur la vidéo en bas de mon post sur eux). Elle a aussi annoncé, en 2011, son départ du groupe.

Suite à la dissolution d'Afrirampo, les deux membres nous ont chacune gratifiées d'un album solo, dans les deux cas un album folk - style qui tranche considérablement avec le style chaotique et hurlant de leur carrière ensemble.

L'album de Pika - intitulé Moon♀Mama - est un album étrange ou elle délaisse les percussions pour y jouer de la guitare acoustique. Si l'album folk d'Oni est un album à l'écoute facile, celui de Pika est plus complexe; sa voix stridente et son refus catégorique de suivre les conventions musicales habituelles en font un album particulier qui nécessite de s'y préparer l'oreille. C'est un album génial.

Aujourd'hui, Pika et drummeuse pour le duo Pika - Makoto, avec le guitariste Kawabata Makoto. Leur unique album est intéressant, mais je n'y recèle pas l'étincelle de génie qui semble pourtant marquer tous les projets musicaux auquel elle a précédemment participé. Leur collaboration live, cependant, semble être quelque chose de grandiose.

Outre la musique, elle tient aussi le rôle d'une prostituée dans le film Red-light District Graffiti, film que je n'ai malheureusement pas encore eu l'occasion de voir.





February 9, 2012

Eurociné

BAP Films était une compagnie de production française fondée en 1937 et spécialisé dans le cinéma à petit budget.

On leurs doit quelques films dont relativement personne n'a jamais entendu parler comme Monsieur Breloque a disparu et Master Love. Vers la fin des années 50, la compagnie ne va pas très bien, mais elle est tout de même racheté par un certain Marius Lesoeur qui la renomme Eurociné.

Sous la gouverne de Lesoeur, que vous le vouliez ou non, Eurociné fait sa marque dans l'histoire du cinéma français. Notez bien que je dis "sa marque", mais en réalité c'est plutôt une tache.

Maintenant dirigé par Daniel Lesoeur (le fils de Marius, mort en 2003 sans que Les Cahiers du Cinéma ne daignent en parler), Eurociné ne produit, malheureusement, plus rien, se contentant uniquement de faire la distribution des oeuvres de sa belle époque en DVD.



La saga Eurociné débute lentement avec des films de Zorro semi-érotique et des western tournés en Espagne. Mais c'est en 1961 que se produira une rencontre qui fera un déclic: Marius Lesoeur rencontre l'espagnol Jesús Franco Manera.

La relation Lesoeur - Franco ne sera pas de tout repos et notre bon Jess claquera la porte de la société à plusieurs reprises, mais il reviendra toujours et sera, jusqu'au milieu des années 80, le réalisateur le plus régulier et le plus prolifique de la société.

Eurociné, pour Jess Franco, est pas mal la seule place ou on lui donne carte blanche pour ses idées les plus folles et les plus déviantes et de leur union naitra d'incontournables chefs-d'oeuvre du mauvais goûts.



Outre Jess Franco, un autre réalisateur important de chez Eurociné est Jean Rollin qui y prendra entre autre la relève de Franco (ayant, justement, claqué la porte) pour le tristement célèbre Le lac des morts-vivants.

Rollin, grand amateur de pseudonymes n'utilise son nom véritable que pour ses oeuvres personnelles. Il est connu la-bas sous le nom de J-A Lazer. Il n'y réalisera, au final, pas grand-choses, ses talents étant surtout réservé au tournage de scènes additionnelles pour d'autres films, dans le but d'en étirer la durée ou en augmenter la teneur en érotisme.


Le style des films d'Eurociné variera avec le temps selon les modes et les films populaires, mais seront pas mal toujours réalisés avec des budgets de misère et bourrés d'érotisme ridicule et de nudité gratuite.

Les pré-requis d'embauche de la compagnie semblent être, pour les hommes, de ressembler - même vaguement - à un acteur célèbre et pour les femmes d'accepter de se mettre à poil pratiquement tout le temps.

Dans l'ensemble, le catalogue de la compagnie n'est qu'un ramassis de merdouilles visuelles. Reste que, d'une certaine façon et pour qui sait les apprécier, ce sont quand même de petits chefs-d'oeuvre.

Eurociné ont cessé de produire vers le milieu des années 80 - comme bien de petits producteurs indépendant à travers le monde - incapable de lutter contre la télévision et les salles de cinéma qui, déjà, effectuent leurs métamorphoses vers le cinéplex.

Pourtant, aujourd'hui, l'avènement du numérique et la baisse des coût de production qu'elle occasionne jumelé à un ras-le-bol généralisé d'une bonne partie du public pour le cinéma mainstream mielleux et dépourvu d'imagination cause une réapparition de petites compagnies nanardeuses comme Seduction Cinema aux États-Unis ou Zen Picture au Japon.

Le temps ne serait-il pas venu pour Eurociné de remettre les caméras en marche?

Un collaborateur non-identifié des Lesoeur aurait un jour dit « Le pire, c'est qu'ils croient vraiment qu'ils font du cinéma ». Et bien moi je lui répond « Oui, môsieur, ils en faisaient. Et, moi, j'espère qu'ils en feront encore! ».

Le cinéma actuel manque cruellement de tribus d'Amazones à poil vous ne trouvez pas?